YOURI, LA LÉGENDE DU 4ÈME ROI MAGE

du 10 au 19 décembre 2021

CONTE TRADITIONNEL 

&  SPECTACLE MUSICAL

Savez-vous que, tout comme les trois mousquetaires, les rois mages n’étaient pas trois … mais quatre ?

Si le dernier manque sur tous les tableaux qui représentent l’adoration des mages, c’est qu’il était totalement incapable de croiser un malheureux sans aussitôt lui porter secours. Venu de sa lointaine Russie, son voyage fut donc infiniment plus long et lorsqu’il arriva à Bethléem, les bergers avaient déjà retrouvé leurs troupeaux, les mages avaient tous regagné leurs lointaines contrées et l’enfant de Noël était devenu un homme.  » Que faire ?  » se dit alors le petit roi…

Une histoire comme on en racontait dans les datchas durant les longues soirées d’hiver. Pour accompagner Sylvie Boivin, un trio de musiciens russes interprète les titres emblématiques d’une tradition de légende : Les Yeux Noirs, Kalinka, Les Bateliers de la Volga, Les Nuits de Moscou, Katioucha et quelques autres.

Dates des représentations

Décembre 2021

VE 10, 20h
SA 11, 19h
DI 12, 17h
JE 16, 20h
VE 17, 20h
SA 18, 19h
DI 19, 17h (supplémentaire)

 

 

 

 

 

JEU

Sylvie BOIVIN

ACCORDÉON

Denis FEDOROV

MANDOLINE

Julia ZIMINA

CONTREBASSE

Tachko TACHEV

PRODUCTION

Bateau-Lune

ENTRETIEN AVEC L'AUTEUR

Jean Chollet, pourquoi monter un énième spectacle sur les rois mages ?

La question pourrait être parfaitement légitime si le spectacle mettait en scène les mages « traditionnels ». Ces trois personnages ont tellement suscité d’œuvres théâtrales, de romans, de nouvelles, de dessins animés, de films, que tout a été dit, non ? Il est vrai que lorsque les « Inconnus » proposent « les Rois mages au Ritz » ou que Terry Jones imagine « La vie de Brian », on a quelques surprises. Mais généralement, les histoires de rois mages sont fades et terriblement ennuyeuses.

Il n’en est rien en revanche lorsque l’on s’intéresse au 4e roi mage. Dans la mesure où c’est un personnage « non biblique » – ou en tout cas qui ne fait pas partie de l’histoire de l’Eglise – cela laisse une grande liberté aux auteurs pour imaginer un roi mage différent, y compris un roi mage qui échoue.

Le 4ème roi mage serait donc l’histoire d’un échec ?

Oui, aussi surprenant que cela puisse paraître. Quel que soit le nom qu’on lui donne ou le pays qu’on lui attribue, le 4ème roi mage est beaucoup moins rigoureux que les autres. Il se laisse dis-traire. Chaque fois que, sur la route qui devrait le conduire à Bethléem, il rencontre un malheureux, il lui porte secours. Voire il dépense pour lui un peu du trésor qu’il destinait au « roi des rois ». Et il se laisse distraire si souvent … qu’il arrive à Jérusalem avec plus de trente ans de retard ! Inutile de dire que « présenter ses hommages au roi des rois » ne veut plus rien dire.

Ce qui est passionnant, dans ce personnage, c’est qu’il n’est pas religieux au sens classique du terme. Il ne va pas s’agenouiller devant la crèche, jamais. Mais il s’approprie le message de l’Evangile de manière étonnante en étant rigoureusement fraternel, en ne croisant jamais un être dans le dénuement sans immédiatement devenir son prochain. Peut-on rêver d’un message plus proche de l’Evangile ?

Mais avant d’aller plus loin, dites-nous ! Croyez-vous vraiment que les rois mages ont existé ?

Tout le monde connaît l’histoire des Rois mages, bien sûr. Ces sages d’Orient qui, ayant appris la naissance de Jésus , viennent jusqu’à Bethléem « guidés par une étoile, pour rendre hommage « au roi des Juifs » et lui apporter des présents d’une grande richesse symbolique : or, myrrhe et encens.

Ces personnages de légende, dont le texte biblique ne mentionne ni le nombre, ni les noms, ni même la royauté, se sont imposés rapidement dans l’imaginaire populaire, dès le moyen âge. Très rapidement, on a considéré qu’ils devaient être trois, que leurs noms étaient Gaspard, Melchior et Balthazar, que l’un avait la peau blanche, le deuxième une peau noire et le troisième une peau jaune et qu’ils étaient rois.

On a même conservé leurs reliques … à Cologne pour la tradition catholique et au Mont Athos pour la tradition orthodoxe.

En constituant d’une certaine manière le « pendant » des bergers, les mages venus d’Orient signifient en effet que la naissance de Jésus n’est pas seulement saluée par les gens du peuple, mais aussi par les puissants, voire les intellectuels.

Mais alors d’où vient ce personnage, cette légende ?

La légende du 4ème roi mage est assez tardive et a en réalité des origines multiples.

L’histoire la plus ancienne nous vient du pasteur presbytérien américain Henry van Dyke, dans un de ses contes de Noël les plus connus, The Story of the Other Wise ManL’Histoire de l’autre Roi mage ») publié en 1892, raconte l’histoire d’un quatrième Roi mage, Artaban de Médée, qui voulait apporter à l’enfant Jésus trois pierres précieuses. Il vend tous ses biens, et prend la route. En chemin, il rencontre des nécessiteux, pour qui il sacrifie ses cadeaux. Il est certes très malheureux de n’atteindre jamais la crèche, mais comprend, bien plus tard, qu’il aidé Jésus aussi bien que s’il était arrivé à Bethléem.

Plus tard, en 1962, l’Allemand Edzard Schaper propose, lui aussi, un quatrième roi mage. C’est l’histoire d’un petit roi d’origine russe qui voyage en solitaire, qui est lui aussi très sensible à tous les miséreux qu’il rencontre et qui arrive à Jérusalem au moment de la crucifixion.
S’inspirant de ces deux ouvrages, l’écrivain français Michel Tournier, dans son roman Gaspard, Melchior et Balthazar paru en 1980, imagine le voyage de ces trois personnages depuis leur royaume respectif jusqu’à Bethléem, en inventant à chacun des motivations différentes basées sur leur histoire et leur destin propre. Il propose également sa propre version de l’histoire d’un quatrième mage.

« Youri, la légende du quatrième roi mage » présenté par le Bateau-Lune s’inspire de toutes ces traditions pour en proposer une variante singulière, dans laquelle la musique occupe une place très importante et qui se termine – comme beaucoup de contes – en expliquant pourquoi, dans un tout petit pays « du nord du nord » de la grande Russie, les icônes de la Nativité ne mettent pas en scène trois mages, mais quatre.

Pour ce spectacle de Noël, vous avez choisi une seule comédienne mais trois musiciens. Pour l’homme de théâtre que vous êtes, pourquoi privilégier ainsi la musique ?

Si « Youri, la légende du 4ème roi mage » ménage une large place à la musique, c’est que dès les premières lignes, Youri est présenté ainsi :

« Contrairement aux rois du voisinage, le jeune homme n’aimait passionnément ni l’or, ni les chevaux, ni les pâtisseries, ni les armes. Non. Ce qu’il aimait, c’était la musique. Et il l’aimait tellement qu’il consacrait aux musiciens la moitié du budget du royaume. Dès son accession au trône, il avait renvoyé tous les généraux et transformé le budget de la guerre en budget musical ».

C’est pourquoi Sylvie Boivin sera seule comédienne sur scène pour nous conter l’histoire mais sera entourée de trois musiciens lausannois de Denis Fedorov à l’accordéon, Julia Zimina à la mandoline et Tashko Tasheff à la contrebasse. Et comme Youri est russe, c’est bien évidemment les grands thèmes de la musique populaire russe qui feront partie du spectacle.